Le protège-dents est la protection qu’on oublie le plus souvent dans le sac, et la seule dont l’absence se paie chez le dentiste. Il se glisse sur la mâchoire du haut, il ne se voit pas, il ne gêne presque personne au bout de trois séances, et il change ce qui arrive quand un coup passe.
Il protège plus que les dents
Le nom induit en erreur. Une gouttière empêche d’abord les deux mâchoires de se percuter : sans elle, un crochet au menton referme les dents du bas sur celles du haut, et c’est ce choc-là qui casse, pas le gant. Elle évite aussi que les lèvres et la langue se retrouvent prises entre les dents, une blessure sans gravité qui met pourtant plusieurs jours à laisser manger normalement.
Elle amortit enfin une partie de ce qui remonte vers l’articulation de la mâchoire. C’est pour cela qu’un pratiquant qui a serré les dents toute une reprise repart avec un mal de tête, et pas seulement avec une lèvre fendue.
Simple, double, avec ou sans attache
Le modèle simple ne couvre que la mâchoire supérieure. C’est le format courant, celui qui laisse le plus de place pour respirer et pour parler, donc celui qui convient au travail technique et au sparring à intensité tenue.
Le modèle double relie les deux mâchoires. Il protège davantage et il enferme davantage : la respiration par la bouche devient difficile, ce qui se remarque dès que l’effort monte. Il se rencontre surtout là où les saisies de tête et le clinch font partie du jeu.
Le thermoformage rate presque toujours pour la même raison
La gouttière se ramollit dans l’eau chaude, se pose sur les dents, puis se moule en aspirant et en pressant avec les doigts et la langue. Le geste est simple, et il se rate quand on va trop vite.
Trois défauts reviennent. Mordre au lieu d’aspirer, ce qui écrase le fond et supprime l’épaisseur là où elle sert. Poser la gouttière de travers, ce qui donne un appui sur un seul côté. Et ne pas refroidir à l’eau froide avant de retirer, ce qui déforme l’empreinte au moment où on la sort.
Un protège-dents bien moulé tient tout seul, bouche ouverte, tête penchée en avant. C’est le seul contrôle qui compte, et il se fait avant de partir au club, pas devant un partenaire.
Quand il faut le remplacer
Il ne se remplace pas à date, il se remplace à trois signes. Il ne tient plus sans être serré entre les dents. Il porte une déchirure ou une zone devenue translucide, souvent au niveau des molaires. Ou il a été remoulé plusieurs fois, chaque passage à l’eau chaude lui faisant perdre un peu de matière.
Chez un adolescent, la dentition bouge et l’empreinte cesse d’être valable bien avant que la gouttière ne s’abîme. C’est le cas où un modèle correct porté trop longtemps protège moins qu’un modèle basique remoulé à temps.
Entretien, et la question qui revient toujours
Il se rince après chaque séance, se sèche à l’air libre et se range dans une boîte ajourée plutôt qu’au fond du sac, comme le reste de l’équipement. Rangé humide et fermé, il devient en quelques jours la pièce la plus désagréable du sac.
Reste la question posée à chaque première séance : est-il exigé ? La réponse ne se lit pas sur une page, elle se demande au club, parce qu’elle dépend de ce qui est réellement pratiqué ce soir-là. Un cours où personne ne touche personne ne le réclame pas. Dès que les coups sont portés, même en contrôle, il rejoint la coquille et la garde dans la liste des choses qui ne se négocient plus.